Une longue période semble s’achever, celle où les interrogations du présent devaient trouver leur réponse dans le futur. Celle où il était d’abord question de préparer l’avenir, de programmer sur le long terme l’économie et la société. Or, on assiste aujourd’hui à ce que l’on peut appeler le retour du destin, lequel s’exprime sous la forme de l’imprévisible et du pur présent. Cette nouvelle intensité de l’instant explose dans toutes les directions : des vidéo-clips aux jeux informatiques, des manifestations sportives aux fêtes techno, en passant par l’écologie, voire l’astrologie. A l’idéologie du progrès centrée sur l’individu atomisé se substitue un univers de rituels, de plaisirs et d’imaginaires partagés : un véritable réenchantement du monde passant par la fête et par une autre relation à l’environnement. L’éthique qui naît de cette société nouvelle ne peut être que celle du tragique. Celle d’un acquiescement à la plénitude de l’instant doublé de l’acceptation lucide de l’éphémère.
L'Instant étérnel
Le Réenchantement du Monde - De la morale à l'éthique
Quand on observe tous les phénomènes de violence dont l’actualité n’est pas avare, quand on voit les valeurs sociales traditionnelles perdre de leur force, ou les diverses autorités politiques, intellectuelles, journalistiques être tournées en dérision, on peut se poser la question : existe-t-il encore une morale universelle, applicable à tous ? C’est lorsque quelque chose n’a plus de réalité qu’on en parle beaucoup. Or, la Morale représente un monde qui n’est plus. Et c’est pour cela qu’on entonne, jusqu’à plus soif, des incantations en son nom. Mais comme il faut bien vivre ensemble, on voit se développer des éthiques particulières. Celles-ci traduisant ce ” sentiment d’appartenance ” propre aux tribus postmodernes. A partir d’exemples concrets, ce livre s’emploie à analyser le glissement d’une Morale sclérosée vers des éthiques en gestation. Celle d’un ” réenchantement du monde ” que l’auteur a été le premier à annoncer et qu’il systématise ici.
Le Rythme de la vie: Variations sur l’imaginaire postmoderne
D’un côté, le reflux du politique, la disparition du peuple, la déroute des savoirs et des intellectuels. De l’autre, l’avènement de la Toile, le retour des tribus, le règne de la télé-réalité, des parades, des corps tatoués, percés. Une nouvelle barbarie ? Non, répond Michel Maffesoli. Au contraire. Par-delà ses excès, ce renversement nous invite à retrouver le rythme de la vie au plus profond de nos vies. Car l’effondrement des idolâtries de la Raison, de l’Histoire, du Progrès nous rouvre à l’altérité, au quotidien, à l’anomie. Car, en unissant l’archaïque à la technique, notre imaginaire renoue avec la sensibilité. Car notre Moi, rompant avec les illusions binaires du public et du privé, des racines et du nomadisme, de la nation et du cosmopolitisme, se redécouvre multiple. Comment penser, dans l’entre-deux, notre identité ? Décryptant les idéologies anciennes et les censures contemporaines comme les paradoxes postmodernes, convoquant Platon ou Nietzsche comme les sagesses d’hier et les mythes d’aujourd’hui ; c’est une leçon dionysiaque de gai savoir que donne ici Michel Maffesoli. A rebours du pessimisme ambiant, un maître livre pour enfin comprendre et vivre notre monde tel qu’il va.
La République des bons sentiments

Comme le notait Chateaubriand, il est fréquent de prendre pour conspiration politique ce qui n’est que le ” malaise de tous ou lutte de l’ancienne société avec la nouvelle, combat de la décrépitude des vielles institutions contre l’énergie des jeunes générations “. Nous sommes en un de ces moments où, journalistes, universitaires et politiques confondus, l’intelligentsia est en total déphasage avec la vitalité populaire. Aussi, afin de mieux apprécier cette dernière, n’est-il pas inutile de repérer la logique du conformisme intellectuel ambiant. C’est lorsqu’on cessera d’être obnubilé par le ronronnement du ” moralement correct “, que l’on sera à même d’être attentif au véritable ” bruit du monde “.
Matrimonium

Une véritable mutation anthropologique est en cours. Le mépris de la Terre et la dévastation du monde : tel est le résultat de la modernité qui consista en une mobilisation de l’énergie, individuelle et collective, vers un paradis céleste ou un paradis terrestre. Prendre soin de la « Terre Mère », en faire le fondement même de tout être ensemble : telle est l’inversion de polarité dont témoigne aujourd’hui la sensibilité écologique. Contre le rationalisme classique, Michel Maffesoli en appelle ici à la raison sensible. Contre le contrat social, au pacte émotionnel. Contre le catastrophisme propre aux élites sociales, à l’hymne à la vie spécifique de la socialité postmoderne. A l’heure où, à la domination est en train de succéder l’ajustement, il est temps de réapprendre que la sagesse de la modération caractérise la profonde « nature des choses ». Autrement dit que l’Esprit du temps est bien à l’invagination du sens. Un nouveau « discours de la méthode » postmoderne. La « nouvelle féminisation » du monde. Comprendre aujourd’hui, anticiper demain : un nouveau « discours de la méthode » par Michel Maffesoli.

